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Les largesses en devises du ministère de l’enseignement supérieur; Il met fin aux attestations d’accueil pour les stages à l’étranger

Depuis plusieurs mois, les Algériens ressentent, véritablement, les effets des “politiques d’austérité”, pour cause de crise pétrolière, avec les augmentations en tout genre ; l’abandon de projets destinés aux populations locales, l’arrêt des recrutements dans la Fonction publique, la remise en cause de la retraite anticipée, etc. Autant de mesures justifiées régulièrement par le Premier ministre et les membres du gouvernement, arguant que les finances publiques sont au plus mal. Pourtant, dans certains ministères, l’on semble fonctionner comme si tout cela ne devait concerner que “les autres”. Il en est ainsi du ministère de l’Enseignement supérieur qui, dans une récente instruction transmise à l’ensemble des responsables des établissements du supérieur, justifie une largesse financière, et qui plus est en devises, au profit des professeurs et enseignants. L’instruction en question rappelle ni plus ni moins que désormais les “chefs d’établissement” ne doivent plus exiger une lettre d’accueil pour les enseignants voulant se rendre en stage à l’étranger. La note en question, signée par Tahar Hadjar, le ministre de l’Enseignement supérieur, fait d’abord un rappel sec : “Il est parvenu à ma connaissance que des chefs d’établissement, des doyens et directeurs d’institut et chefs de département exigent encore l’attestation d’accueil pour que des enseignants puissent postuler à des stages de courte durée.” Et de poursuivre que cela est en contradiction avec une précédente instruction. “Je demande de veiller personnellement (les responsables des universités, ndlr) à ce que cette attestation ne soit plus exigée”, lit­on encore dans le document. Plus grave, le ministre finit sa missive en menaçant de sanctions les responsables qui ne se conformeront pas à son instruction. Cette note dont nous détenons une copie met fin à la pratique qui veut que chaque enseignant voulant effectuer un stage à l’étranger doit au préalable produire une lettre d’accueil d’un laboratoire ou d’une université qui l’accueillera. Plus grave encore, il est connu de tous que le montant de la somme allouée pour ces stages de courte durée, soit entre 3 et 6 mois, s’élèvent à plus de 2 000 euros par mois, avons­nous encore appris. Ainsi, c’est une pratique financière très généreuse que le ministère de l’Enseignement supérieur a décidé de mettre en place au profit des professeurs, et l’on peut imaginer que d’avoir “fait sauter le verrou de la lettre d’accueil”, les postulants aux stages à l’étranger vont être très nombreux. Néanmoins, conscients de cette situation, des enseignants se sont offusqués de cette instruction du ministre en y voyant un moyen de “faire taire les enseignants et de s’attacher, à coup de devises fortes, la paix dans les campus”. Des enseignants que nous avons contactés ont décidé de refuser cette situation, trouvant scandaleux la gestion facile des deniers publics et de ce secteur déjà si décrié.

D. LOUKIL in Liberté du 23 juin 2016