Abdelhafid Aourag, le directeur général de la recherche scientifique et du développement technologique, dénonce des «contraintes bureaucratiques» qui bloquent la production scientifique. Intervenant lundi lors des journées portes ouvertes sur la recherche appliquée, organisées par le Centre national d’étude et de recherche intégrée du bâtiment (Cnerib), il regrette la défaillance en matière de recherche appliquée reléguée au rang de «maillon faible de la recherche scientifique».

Encore plus loquace, le DGRSDT ira jusqu’à dénoncer l’absence de liens solides entre le système national de recherche scientifique et l’outil de développement technologique et n’épargnera pas la Fonction publique en décrétant que «c’est une erreur d’administrer le chercheur en tant que fonctionnaire». Le Abdelhafid Aourag de lundi est bien loin de celui qui se félicitait, le 17 octobre, sur les ondes de la Chaîne 3 de la Radio nationale, des «excellents  résultats» obtenus dans la production des recherches et d’aussi «excellentes compétences» qui managent le secteur.

Seulement, le directeur général de la recherche scientifique installé en tant que tel en janvier 2010, soit depuis plus de six ans, est le premier responsable de ce secteur. Lorsque cet ordonnateur dénonce la lourde bureaucratie, c’est bien l’hôpital qui se moque de la charité ! On ne peut se féliciter avec grandiloquence de garantir aux chercheurs algériens établis à l’étranger des infrastructures de recherche et des équipements scientifiques à même de leur assurer «le même environnement que celui qu’ils ont» ailleurs et affirmer qu’une moyenne de 100 chercheurs revient chaque année au pays depuis son installation à la tête de la direction (soit 600 chercheurs issus de la communauté algérienne établie à l’étranger) pour qu’une semaine après, un discours contraire soit prononcé.

Lundi dernier, le DGRSDT n’a pas émis de critiques simples sur le secteur. Il a remis en cause toute la pertinence du domaine. Il s’agit d’abord de la prédominance de la recherche universitaire (peu encline à l’innovation) avec ses 54 000 enseignants-chercheurs sur la recherche scientifique indispensable au développement du secteur socioéconomique qui compte, elle, quelque 2000 chercheurs permanents. Sachant que le ratio à l’international est d’un chercheur universitaire pour trois autres impliqués dans les domaines de production.

Les griefs d’Aourag portent également sur la faiblesse de la production scientifique à travers le nombre de publications (600 en 2011 contre 2500  espérées en 2018) et celle des brevets qui atteignent le nombre dérisoire de 71 en 2016. Un timide rendement qu’il impute à la bureaucratie et au fonctionnariat des chercheurs.

Mais un simple clic sur le site de la DGRSDT, sur le menu présentation, il est bien stipulé que «sous l’autorité du ministre chargé de la Recherche scientifique, la direction générale met en œuvre, dans un cadre collégial et intersectoriel, la politique nationale de recherche scientifique et de développement technologique, telle que définie par la loi n°98-11 du 22 août 1998, modifiée et complétée.

A ce titre, la direction générale est chargée de mettre en œuvre l’ensemble des dispositions de la loi relatives à la programmation, l’évaluation, l’organisation institutionnelle, le développement de la ressource humaine, la recherche universitaire, le développement technologique et l’ingénierie, l’information scientifique et technique, la coopération scientifique, la valorisation des résultats de la recherche, les infrastructures et grands équipements et le financement du programme quinquennal».. Et lorsqu’on est le premier responsable de cette institution, il est de mauvais goût de dénoncer des couacs qui sont également de son ressort.

Le professeur Aourag, qui explique la «fuite» des compétences algériennes par la décennie de terrorisme ainsi que par «la phase de déstabilisation» de la recherche scientifique, n’a pas complètement tort. Seulement, le peu d’engouement constaté auprès de cette frange à rentrer au bercail est un indice révélateur également de l’état actuel de cette recherche.

Dans un article au titre très explicite, «Quel gâchis !», le professeur Smaïn Goumeziane (ancien ministre et écrivain) écrit  qu’«au bout du compte, le départ de 500 000 cadres d’Algérie (depuis une trentaine d’années) s’est donc traduit par un bénéfice global de l’ordre de 465 milliards de dollars pour les pays d’accueil».

A quelle hauteur la recherche scientifique contribue-t-elle au PIB national ? Tel est la vraie question à poser si on arrive toutefois à quantifier l’apport d’un secteur en dehors du budget que lui alloue l’Etat.

Samir Azzoug (El Watan, 26/10/2016)