Lettre adressée à Monsieur Abdelguerfi et à ses collègues licenciés,

 Je suis encore toute abasourdie par cette nouvelle à laquelle je n’arrive pas à croire, tellement les griefs de licenciements invoqués sont aux antipodes de ce que représente la personne de Monsieur Abdelguerfi. Je l’ai connu en tant qu’ancienne étudiante, dans une vie assez lointaine (promotion de 1990). Les rencontres riches et nobles qui vous ont marquées restent à jamais gravées dans votre mémoire car elles continuent à nourrir votre être, anéantissant toute notion d’espace-temps. La rencontre avec ce professeur il y a plus de 26 ans,  a tracé pour moi la voie vers la recherche du bon, du bien et du juste, chemin qui peut prendre tout une vie.

 Je n’ai pas eu l’occasion de connaître ses autres collègues, mais je peux aisément deviner leur sens de  la loyauté et de l’honnêteté à travers l’action de dénonciation qu’elles ont entreprise. Celle-ci m’apparaît être un moyen de défendre l’équité et l’intérêt général au sein de l’institution scientifique que représente l’ENSA d’El Harrach. En effet, en dénonçant le non respect des conditions d’admission définies par la loi, cela revient à défendre le droit des citoyens. Les critères d’admission officiellement publiés doivent permettre à quiconque d’accéder au savoir, et donc éventuellement au pouvoir, et ce quelque soit l’origine sociale du candidat. Le non respect de ces conditions reviendrait alors à créer une injustice sociale.

 Si je me suis complètement éloignée de l’agronomie aujourd’hui (par les hasards de la vie), je ne me suis jamais éloignée des qualités tant humaines que scientifiques que m’a enseignées Monsieur Abdelguerfi lorsque j’étais jeune étudiante à INA d’El Harrach (c’est sous ce nom que cette institution est restée gravée dans ma mémoire). C’est précisément dans le cadre de cette transmission que  j’ai compris que la science n’avait d’intérêt que si elle contribuait à améliorer les conditions de vie de l’Homme.

Cette triste nouvelle m’affecte fortement en tant qu’ex-étudiante de cette respectable institution, mais aussi en tant que personne humaine en quête de sens dans la vie. En s’attaquant à des figures comme celle de Monsieur Abdelguerfi, ainsi que celle de ses collègues se situant dans la même mouvance que lui (celle de servir l’intérêt général avant son propre intérêt), il me semble qu’on offense des personnes qui ont choisi de faire de leur vie un combat pour améliorer la condition humaine de ses concitoyens. Monsieur Abdelguerfi, comme d’autres personnes en Algérie, mène ce combat, dans la dignité et en toute humilité, sans penser à améliorer ses propres conditions de vie. L’évocation même de ce type de personnes donne à espérer et permet de redorer le blason de ce pays.

 Monsieur Abdelguerfi, à l’instar des personnes mises en cause ici, n’est pas seulement un intellectuel renommé et reconnu au niveau mondial (la communauté scientifique nationale et internationale en atteste largement à travers ses articles scientifiques publiés). Il est également une figure d’honnêteté et de loyauté servant la cause de son peuple. La thématique même de ses recherches ne fait qu’abonder dans ce sens. En effet, elle œuvre dans le seul but d’améliorer les conditions de vie du peuple en commençant par assurer sa sécurité alimentaire. N’est ce pas la mission la plus prioritaire et la plus noble de l’agronomie ? Cette mission n’a pas  d’autre but que celui de redonner espoir au peuple algérien, comme à n’importe quel peuple qui serait soumis aux mêmes conditions de vie que celui-ci.

 Il me semble qu’il n’y a pas pire jugement que celui de sa conscience. C’est ce qui me permet de finir sur cette note d’espoir et d’espérance car je sais que sur ce plan, Monsieur Abdelguerfi  n’a rien à se reprocher. Ses  quarante années de service ne sont que le reflet de son dévouement envers ses étudiants, ainsi qu’envers  toutes les personnes (scientifiques ou non) qui comme lui œuvrent pour le bien du peuple algérien. En somme, il a su incarner la fonction de chercheur et de scientifique dans la dimension la plus noble de ce statut, ce qui est extrêmement rare de nos jours, quelque soit l’institution scientifique de par le monde.

 Il me semble que cette situation dramatique pour la personne humaine de Monsieur Abdelguerfi (compte-tenu de son état de santé et du combat qu’il mène déjà à cet endroit) ne fait que valoriser ses mérites professionnels et ses qualités humaines (d’intégrité, d’honnêteté et de loyauté), ce qui est tout en son honneur.

 Avec toute mon amitié pour Monsieur Abdelguerfi et ses collègues,

 Saïda Meftahi, ancienne étudiante de l’ENSA d’El Harrach