Tahar Hadjar a pris la défense, ce 2 novembre devant la presse, d’une étudiante, fille du recteur de l’université de Ouargla, accusée d’être parachutée sur la liste des accédants au troisième cycle d’enseignement supérieur : le doctorat.

Du haut de son statut de ministre de la République, il répond, par une formule dédaigneuse : «Les enfants de responsables peuvent aussi mériter leur réussite», à une problématique pourtant endémique à l’université algérienne, où passe-droit, népotisme, clientélisme et corruption ont aussi leurs places «pédagogiques».

Cette année particulièrement, le nombre de cas de dénonciations concernant le parachutage de certains «enfants de responsables» de différents rangs et statuts, pose réellement des interrogations sur la pertinence et le sérieux des concours organisés par le secteur de l’enseignement supérieur. Ces forfaitures, loin d’être des cas isolés, sont autant de coup de boutoir donnés à la crédibilité de ces concours.

D’ailleurs, et ce qui est très étonnant, il n’est pas rare de voir figurer sur les listes des lauréats dont la moyenne générale flirte avec les 5/20. Une aberration lorsque le cursus convoité est le troisième cycle de l’enseignement supérieur, soit le doctorat qui, doit-on le rappeler, est un palier de recherche scientifique !

Tahar Hadjar, qui annonçait l’été passé sa détermination à protéger et valoriser ce diplôme en particulier, vient, ces dernières semaines, de donner le coup de grâce qui va sûrement diluer et amollir le doctorat. Un nouveau décret, concocté par le ministère de l’Enseignement supérieur, va dispenser l’étudiant de 3e cycle de la publication de son travail de recherche dans une revue scientifique internationale.

Aujourd’hui, on comprend mieux ce que voulait dire Tahar Hadjar par algérianiser le LMD : c’est rompre avec ce qui se fait ailleurs dans le monde au profit de la gestion des flux et de la dilution des diplômes du supérieur. Car, même si elle a été saluée dans certains cercles adeptes du nivellement par le bas, la décision de l’équipe Hadjar est un coup porté à la crédibilité et à la pertinence de ce diplôme.

C’est un cache-misère et une fuite en avant pour masquer le cancer du plagiat qui a métastasé et placé l’université algérienne non pas dans les classements internationaux, mais dans un état terminal de déliquescence. Par ailleurs, au lieu de penser à booster l’étudiant vers l’avant, en direction de l’excellence ou à défaut de produire des publications scientifiques algériennes de qualité, le ministre prend la tangente.

Radical. Ce n’est pas parce qu’il y a 4000 morts chaque année à cause des accidents de la route qu’il faut supprimer le permis de conduire ! Par projection donc, ce n’est pas parce que le plagiat fait des ravages, que le nombre de doctorants incapables (pour une raison objective ou pas) de soutenir dans les temps ou de publier son travail dans une revue internationale, qu’il faille supprimer la «formalité».

Rappelons à toutes fins utiles, que si les universités algériennes ne figurent pas dans de bonnes positions dans les classements mondiaux, c’est, entre autres, à cause de leur pauvreté en matière de publications scientifiques.

Avec cette nouvelle mesure adoptée pour le secteur de l’enseignement supérieur, les rares établissements algériens qui figurent en queue de classement, à l’instar de celle de Sidi Bel Abbès 1781e, Ouargla 1798e et Tlemcen 2297e (dans l’édition 2015 du palmarès QS des universités mondiales) disparaîtrons tout bonnement de l’univers universitaire.

La décision de supprimer l’obligation de publication des recherches des doctorant peut être perçue comme une nouvelle brèche ouverte en faveur du «trafic» des diplômes. L’hypercentralisation des décisions au niveau du ministère – il suffit de prendre cas de l’opération de transfert des étudiants chapeautée uniquement par la tutelle et qui crée une véritable crise au niveau des établissements du supérieur – permet tous les excès. Ainsi, l’«enfant du responsable», qui a eu accès illégitimement aux études doctorales, n’aura même pas à fournir l’effort de produire un travail scientifique.

Cela va aboutir indéniablement vers un marchandage encore plus odieux que celui qui a cours aujourd’hui dans les établissements supérieurs.

Pire, ces «douctour» gagneront en grade et franchiront par les mêmes procédés les paliers de l’excellence universitaire. Ils seront ainsi des professeurs et des cadres de la nation sur titre mais sans le bagage qui va avec. Et au final, l’Algérie aura gagné un nombre impressionnant de docteurs sans recherche.

En 2015, sur un total de 30 000 étudiants doctorants, seuls 4000 activaient dans les laboratoires de recherche ! Et en termes de centralisation, ajoutons également le monopole d’accès aux sites et revues scientifiques détenu par la direction générale de la recherche scientifique qui voit à sa tête Abdelhafidh Aourag, le champion d’Algérie des publications scientifiques. C’est par-là qu’il faut commencer. Assainir d’abord les rouages de la recherche avant d’éliminer carrément les publications dans les cursus universitaires.

Samir Azzoug  (El Watan, 08 Novembre 2017)