Faut il plus de lois pour appliquer la loi ?

 Mesdames et Messieurs,

 La publication scientifique a une double mission: diffuser les connaissances, mais également  évaluer les travaux des chercheurs et des équipes de recherche, et justifier les crédits qui ont été alloués pour la production des résultats de recherche.

La signature d'un article scientifique est une reconnaissance de la paternité intellectuelle des résultats publiés et suppose une contribution significative à la conception ou à la réalisation des travaux publiés. Tout auteur ayant été associé à une publication quelle qu'elle soit (y compris les résumés) doit avoir relu et approuvé le document. Il est nécessaire de rappeler les responsabilités de chacun des coauteurs en termes de respect de l'éthique et de la déontologie universitaire.

 Dans le code de référence, qui est la charte de thèse, il est énoncé ceci: La thèse est obligatoirement accompagnée par une publication en relation avec le sujet traité et publié dans une revue reconnue. Le doctorant s'engage à publier ou à communiquer en concertation avec son Directeur de thèse. Ce dernier a également l'entière responsabilité du projet doctoral. Il doit veiller à ce que la formation doctorale atteigne certains objectifs déterminants. 

En dépit des déclarations sur l'honneur qui engagent les doctorants à respecter l'authenticité académique exigée dans toute réalisation pédagogique et scientifique, certains doctorants continuent effrontément à produire à ce qui s'apparente à des publications scientifiques, au mépris de l'éthique universitaire, et ce avec le soutien et l’aval de leurs professeurs et encadrants.

 A la lecture de certains articles, disponibles pour les sceptiques et à propos desquels le quotidien El Watan a publié plusieurs tribunes, force est de convenir que l’accompagnement scientifique et le niveau d'exigence de certains encadrants sont factuellement inexistants. Ces voix défaillantes nous rappellent souvent les principes selon lesquels toute production scientifique, article ou thèse de doctorat, est soumise à un règlement déontologique formel, impliquant notamment la garantie d’une stricte rigueur scientifique, d’originalité des travaux présentés et de respect de la propriété intellectuelle.

Comment cette catégorie d'enseignants a-t-elle pu atteindre un tel niveau de déliquescence professionnelle? Toute honte bue, ils valident et cautionnent des productions scientifiques, y compris des thèses de Doctorat, truffées d'inexactitudes, de données farfelues et extravagantes, encapsulées par de fausses interprétations, des références bibliographiques hasardeuses, le tout embelli par des textes copies/collés, juxtaposés aléatoirement les uns aux autres sans aucune cohérence.

 Le 30 Aout 2016, Le professeur Abdelwaheb Zaatri répond à un journaliste d'El Watan sur le plagiat. « L’arrêté du ministère est trop tardif ».

 "Bien entendu, ce décret ministériel est très tardif parce que le plagiat s’est déjà propagé à grande échelle. Il sera inefficace car les plagiaires ont déjà atteint des grades de maître de conférences et de professeur. Certains d’entre eux ont même été désignés pour siéger dans des commissions nationales pour évaluer leurs collègues au passage de grade."

"Connaissant un certain nombre de cas, je pense qu’avec les mêmes responsables qui ont permis à ce fléau de se propager, qui ont parfois même pu en bénéficier,qui ont protégé les plagiaires, il sera illusoire de vouloir appliquer cet arrêté."

Et le Professeur A. Zaatri rajoute: "Il a été émis à plusieurs reprises le souhait de lutter contre ce fléau mais à chaque fois, l’agitation a été suivie de l’impunité.Dans le même contexte et avec les mêmes recteurs, doyens et encadreurs, on ne risque pas de voir ces changements car ce sont ceux-là mêmes qui ont permis la généralisation du fléau et son impunité. De plus, on n’a pas vu le conseil d’éthique jouer ce rôle de garde-fou. L’environnement qui a permis à un fléau de s’épanouir ne pourra pas le limiter ou le combattre."

 Ainsi donc, nous comprenons pourquoi en 2018, en dépit des preuves implacables sur ce fléau, aucune régularisation n'a été opérée dans les établissements concernés par ces méconduites pitoyables.

Dans ces circonstances paradoxales, discourir sur la crédibilité scientifique et sur l'éthique universitaire n'est qu'une banale rhétorique qui agite certains esprits démagogues. L'occultation symptomatique de la réalité par ces moralisateurs soulève des inquiétudes majeures sur le devenir de notre milieu universitaire et scientifique. N’oublions pas que le rôle premier de l’Université est de transmettre les connaissances et de former les futures forces vives du pays. Dans de telles conditions, comment ne pas s’interroger sur la mise en péril de la reconnaissance des compétences de nos jeunes diplômés et de nos institutions, tant sur notre sol qu’à l’international ?

 Bien cordialement, 

Hadj Tayeb